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Les articles

LE CRI D'UNE ENSEIGNANTE CRI

Ajouté le 19/12/2008 - Auteur : alentours
Je suis une enseignante. Plus exactement je suis une " maîtresse CRI ". J’ai reçu comme mission de l’Education Nationale d’accueillir les enfants étrangers et de leur enseigner le français à l’école primaire. Il s’agit d’une responsabilité que je considère comme très grande, et je tâche de l’assumer au mieux de mes possibilités.
Ainsi, tout au long de l’année, depuis 6 ans, j’accueille des garçons et des filles venus du monde entier. Ils arrivent avec leurs parents et frappent à la porte de nos écoles. Tous sont chargés des inquiétudes de ce qu’ils trouveront derrière le portail, mais tous sont chargés des espoirs de ce que ce grand bouleversement va leur apporter.
Il y a 6 ans, Aynur, Hazan, Eddanur, Tomas, Cristina, étaient de ceux-là. Timidement, ils atterrissaient dans des classes des écoles de Montélimar. Chaque enfant regardait son enseignant avec les yeux avides d’apprendre, mais désolé de ne rien comprendre.
En cours de CRI, tout allait plus lentement, tous captaient des mots, des phrases, ils les redisaient, gênés au début, mais avec plus d’aplomb chaque jour, car ils se sentaient de plus en plus en confiance. Et puis en classe, la gentille maîtresse ne les grondait pas. Elle leur souriait, disait des mots qui, peu à peu prenaient du sens.
Et eux s’essayaient à redire les mots, à répondre aux questions des copains. C’était parfois tout faux, un mot à la place de l’autre, et les copains riaient ! C’était vexant au début, mais avec l’amitié des autres qui donnaient le mot juste, ils finissaient par bien le prendre et s’améliorer. Et ils se trompaient de moins en moins. Et ils s’aventuraient à dire des mots nouveaux, des phrases nouvelles. Et les copains disaient " bravo ! ". Et la maîtresse gentille félicitait. " Tu apprends très vite ! ". C’était dur pourtant tous ces mots à retenir ! Tous ces efforts à faire pour rester attentif…
Alors parfois un brouillard de mots s’installait tout autour, et ils s’enfonçaient dans le brouillard, pour se faire oublier, pour s’échapper et penser aux larmes que la grand-mère n’avait pu cacher au moment du départ…C’était dur, oui, c’était dur. Le soir, la tête allait exploser, et ils étaient contents de retrouver leurs parents pour parler la langue facile, celle qu’on n’a " même pas apprise, parce qu’on la connaît déjà ". Mais les parents ne leur laissaient pas le temps de se reposer. Ils insistaient pour qu’ils aillent au soutien FLE , qu’ils révisent les leçons de français, parce que les parents savent bien que leurs enfants apprendront plus vite qu’eux, et qu’il faut les encourager pour réussir à l’école. Parce que si on réussit à l’école, on s’en sortira…
L’année d’après, hormis la manière de rouler les " r ", ou de se tromper d’auxiliaire, plus personne ne se souvenait de leur arrivée ; ils étaient des meneurs de jeu, des bons en maths, des doués en arts plastiques, et des excellents apprenants d’anglais, cette langue si difficile à apprendre pour les autres.
Il y a 5 ans, Richard, Béa, Rachel, Joachim, Onurcan, sont arrivés, il y a 4 ans d’autres encore. Tous apprenaient avec plus ou moins d’aisance la langue française et finissaient par se fondre dans le groupe classe et dans la vie de l’école. Pourtant un mot commençait à résonner comme un coup de marteau sur l’enclume, le mot " papiers ". Un mot qui faisait mal à dire, parce qu’il faisait mal dans la tête des parents. Et puis ce mot s’oubliait, on finissait pas ne plus l’entendre. La vie continuait.
Il y a 3 ans , Gevorg, Alexandre, Kateryna, et d’autres encore, sont arrivés et ont fait ressurgir ce mot avec plus d’acuité. Un mot qui faisait de plus en plus de mal à dire. Un mot qui finissait par se coller comme une marque indélébile sur la peau d’enfants innocents.
Il y a 2 ans, Elvis, Denis, Arbenit, Drilon et les autres, sont arrivés. Ils portaient les mêmes espoirs et les mêmes inquiétudes que ceux d’il y a six ans. Ils avaient quitté ce que pour rien au monde, ils ne souhaitaient revoir. Chaque enfant a regardé son gentil maître, qui les a encouragé. Ils se sont essayés aux mots. Parfois, cela a marché, parfois c’était tout faux. Au début, ils étaient vexés de voir rire tous ces garçons et ces filles, mais ils ont compris, et ils se sont lancés dans l’aventure. Une incroyable aventure que celle de découvrir qu’on arrive enfin à communiquer lorsqu’on apprend des mots, des phrases, et qu’on fait des liens entre tous ces mots et ces phrases. Une alchimie époustouflante !
Et puis, l’éclair, le tonnerre, la foudre. Un énorme tremblement de terre. Un mot qui tombe, implacable : " REJET "
Des parents qui pleurent, qui disent qu’ils ne peuvent pas rester en France. Qu’il faudrait repartir là-bas où, pour rien au monde, on ne voudrait retourner. Alors, qu’il faut se cacher, devenir " clandestins ". Et retrouver ce mal au ventre terrible dont on vient de se débarrasser.
Entendre les bruits qui font peur et qui empêchent de dormir. Etre réveillé par les cauchemars, appeler ses parents pour être consolé, mais trouver des parents qui n’arrivent même plus à consoler. Continuer à aller à l’école avec la peur. Continuer, continuer,… Les mots se brouillent, ils se perdent, ils n’arrivent plus à s’accrocher pour faire du sens.On perd pied, on lâche… trop d’inquiétudes, aller à l’école, pour quoi ? Le maître se fatigue, les professeurs renoncent. Que faire pour exister maintenant s’il n’est nulle part où trouver sa place ? Tentation de faire du bruit, de répondre, d’affirmer qu’on peut être violent…Et finir par l’être.
Et voici qu’il y a 2 semaines, le papa de Buket et Dilara est arrêté. Encadré par des policiers, il est enfermé dans un centre de rétention. Puis renvoyé. Expulsé. Le papa de Buket et Dilara. Leur papa. Celui qui leur a tant appris. Celui qui leur a tout expliqué de la France. Qui leur a dit comment on devait respecter les autres, les copains, les adultes. Celui que tout le monde prenait en exemple pour son honnêteté. Leur Papa. Que s’est-il passé ? Est ce qu’il est devenu un voyou ? Leur Papa. C’est impossible. Mais que s’est-il passé ? Qui peut expliquer ? Buket et Dilara ne comprennent pas. Elles ne comprendront jamais. Demain, elles sortiront de ce cauchemar, c’est sûr. Et elles retrouveront Leur papa. L’expulsion est confirmée. L’avion a embarqué leur papa. Est ce que le monde peut encore continuer de tourner ? Non, tout s’arrête. Tout se brise. Leur maman pleure, le bébé dans les bras, la toute petite dernière qu’on se disputait pour porter quand papa était là. Dilara colle Buket comme un ruban tue-mouche. Il n’y a plus de mots pour dire, ni en français, ni dans la langue facile qu’on n’a même pas apprise. Il faut juste se cacher. Devenir invisible. Arrêter d’exister, pour ne pas se faire attraper par la police.
Je suis une maîtresse CRI qui a la mission devenue impossible d’aider des enfants à apprendre le français et à s’intégrer. Est ce que le monde peut continuer de tourner, si cette mission est devenue impossible ? Est ce que le monde peut continuer de tourner si des avenirs d’enfants et d’adultes sont massacrés chez nous en France ? Si des familles sont brisées ? Si des vies sont devenues impossibles à vivre ? Pour moi, comme pour Buket et Dilara, quelque chose s’est arrêté, qui ne reprendra que lorsque chaque enfant aura la possibilité d’apprendre le français en sécurité. Je suis une maîtresse CRI qui lance un CRI pour que cessent les actes d’inhumanité à l’égard d’enfants et d’adultes ici, aujourd’hui. Tout de suite. Je suis une maîtresse CRI qui lance un CRI pour que l’on ne s’habitue pas à voir interner des enfants en centres de rétention. Je suis une maîtresse CRI qui lance un CRI pour que nous nous réveillons vite de ce qui s’installe comme barbarie dans notre pays, et que JAMAIS nous ne l’acceptions. N’oublions pas Jacques Prévert, ce poète qui est si cher dans nos écoles :
" Il est terrible Le petit bruit de l’œuf cassé sur un comptoir d’étain... Il est terrible ce bruit... Quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim "... Oui, Prévert... Il est terrible le bruit de la chaise vide devant un bureau vide.Il est terrible ce bruit qui résonne dans la conscience des hommes qui font la loi ou qui la font appliquer. Il est terrible ce bruit dans la tête de ceux qui ne veulent pas mettre leur tête dans le sable de la lâcheté.*(resf Privas)... Il est terrible ce bruit... Comme le tic-tac entêtant de l’horloge qui vous dit :" plus jamais ça "
Françoise Estival - Enseignante CRI (Cours de Rattrapage Intégré) Montélimar - 14-déc-08
 UN GRAND MERCI à TOI Françoise ( de la part du comité de rédaction)
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EN CONSCIENCE JE REFUSE D'OBEIR

Ajouté le 19/12/2008 - Auteur : alentours
En conscience, je refuse d’obéir !
 
 
Monsieur l’Inspecteur d’Académie,
 
Je vous écris cette lettre car aujourd’hui, en conscience, je ne puis plus me taire ! En conscience, je refuse d’obéir !
 
Le démantèlement des fondements de l’Education Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir.
 
L’objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction du système éducatif de notre pays.
 
C’est pourquoi en toute responsabilité :
·         Je ne peux appliquer les programmes de 2008 réalisés sans aucune concertation et présentant des aspects terriblement rétrogrades, je continuerai à mettre en œuvre les programmes de 2002.
·         Je refuse de cautionner et mettre en place « l’aide individualisée » en dehors du temps scolaire commun à tous les élèves alors même qu’on supprime les postes du RASED. Je continuerai à aider dans le cadre de ma classe, du cycle, mes élèves en difficulté et à rechercher toutes les collaborations possibles avec les personnels spécialisés et les parents.
·         Je suis opposé aux primes et heures supplémentaires qui divisent les enseignants au lieu de favoriser le travail en équipe (comme dans le cas des primes pour les évaluations nationales) ou rémunèrent des actions en dehors du temps scolaire alors même que les moyens manquent pour assurer l’essentiel sur le temps scolaire. Je ne me porterai donc pas volontaire pour les stages et je ne participerai pas à la mise en place de ces dispositifs. Je continuerai à travailler solidairement et en équipe avec mes collègues.
·         Je ne me déclarerai pas gréviste 48h à l’avance auprès de ma hiérarchie et je ne favoriserai pas l’organisation du SMA car il s’agit là d’une atteinte à mon droit de grève mais je continuerai à informer à l’avance les parents d’élèves.
 
Je fais ce choix dans l’espérance de construire une école du respect, de la coopération, de la solidarité et de la réussite pour tous.
 
Je prends la liberté de faire connaître cette lettre et de l’associer à d’autres courriers similaires car elle s’inscrit dans une prise de conscience et une action collective de défense du service public d’éducation et des valeurs qui fondent notre école républicaine.
 
Je vous prie de recevoir, Monsieur l’Inspecteur, l’assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.
 
 
Lettre déjà signée et envoyée par plus de 400 enseignants exemplaires
Merci à eux
 

 

 

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Edito du nouveau numéro à télécharger

Ajouté le 19/12/2008 - Auteur : edith

 

Le petit Je

 

« C’est la crise ma petite dame ! C’est la crise !! » Et bien en voilà une expression utilisée ces dernières semaines. On subodore que cela sera l’expression phare de l’Année 2009 ! On ne change pas un climat économique qui perd.

Les agitateurs ne sont plus à la FNAC ! Ils sont au gouvernement, au MEDEF ou dans les banques. On s’offusque, on s’écrie et on s’apitoie. Mais avez-vous remarqué un quelconque changement ? Non non pardon, pas ce qui change mais ce qui évolue car le changement on le sent bien !! C’est impressionnant comme ce mot revêt une connotation négative aujourd’hui alors qu’il a traversé le temps chargé d’espoir et de solutions évidentes. Remarquez, ce sont les Français qui donnaient un sens noble à la perception du changement.

Aujourd’hui, nous sommes amorphes. On pourrait nous parler de « palourdes boursières » au lieu de cracks boursiers, cela ne choquerait plus personne !!

« Que veux tu qu’on y fasse ? De toute façon ils gagnent toujours ! » Simple démission ! Facilité d’être démissionnaire ! On attend, terré, devant notre télé et espérons que ça continue à taper l’autre ! Eh oui, l’autre ce n’est pas soi et c’est toujours cela de gagné ! Mais jusqu’à quand ?

Alors, pourquoi ne pas imaginer un grand « Nous » fait de petits « Je ». Ouh la la ! Vous n’y croyez pas ! C’est d’un autre age ! C’est trop facile !!! Et bien  justement non, c’est bien cela le plus difficile. En revanche, cela reste le plus efficace !

Pas convaincu ? Oups, je vous laisse ! Quelqu’un frappe à votre porte ! Un ami peut être ? Ah non ! Le facteur ! Il a un recommandé !

Bon courage

 

 

Edith AURIAL

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CONTINUERONS NOUS A DORMIR ?

Ajouté le 10/12/2008 - Auteur : alentours
 
« En 1933, depuis près de trois ans, le Reichstag avalise sans broncher ; les décisions se prennent sans débats ni votes. Von Hindenburg gouverne un coude sur l'épaule des SPD, tétanisés, un coude sur celle des nazis, bons bougres. Hitler n'a plus qu'à sauter sur l'estrade, grand clown des atrocités, impayable dans son frac tout neuf.
 Qui prétend encore que c'est arrivé du frais matin ? Le sommeil a bon dos, où naissent les songes, et les cauchemars. Mais on ne se réveille pas dans le pire, stupeur, au saut du lit : le pire s'est installé, insidieux, dans le paysage, banalisé par l'apathie ou l'incrédulité des uns, la bénédiction des autres.
Des gendarmes brutaux, grossiers, débarquent impunément avec leurs chiens dans les classes d'un collège du Gers, pour une fouille musclée ; le proviseur entérine, bonasse. Et le ministre de l'Education, qu'en dit-il ? Que dit-il de l'enlèvement d'enfants dans une école de Grenoble, d'eux et de leur famille expulsés en vingt-quatre heures,
après combien d'autres ? Qui tient la comptabilité de ces exactions ordinaires ?
Un journaliste est interpellé chez lui, insulté, menotté, fouillé au corps, pour une suspicion de diffamation, qui reste encore à démontrer en justice. Qu'en dit la Garde des Sceaux ? Elle approuve (mutine bague Cartier au doigt, n'en déplaise au Figaro).
Nos enfants, nos journalistes, ce sont encore catégories sensibles à l'opinion.
Celle-ci s'émeut-elle ? Mollement. Elle somnole.
Mais les réfugiés de Sangatte, chassés comme bêtes, affamés dans les bois ; les miséreux du bois de Vincennes menacés de « ratissage », les gueux de nos trottoirs au vent d'hiver ? Les sans-papiers raflés, entassés dans des lieux de non-droit, décharges d'une société qui détourne le regard ignoble de son indifférence ? Et la masse des anonymes,
traités mêmement comme rebut par une administration servile ? Au secours, Hugo !
 Il y a de jeunes marginaux qualifiés par la ministre de l'Intérieur d'« ultra gauche » - spectre opportun des bonnes vieilles terreurs -, jusqu'ici, pure pétition communicationnelle. Sa police veille, arme à la hanche, elle arpente, virile, les couloirs du métro, des gares. Sommes-nous en Etat de siège ? A quand l'armée en ville ?
 Il y a le malade mental incriminé à vie par anticipation ; l'étranger criminalisé de l'être ; le jeune de banlieue stigmatisé pour dissidence du salut au drapeau : danger public ; le prisonnier encagé dans des taudis surpeuplés - à 12 ans, bientôt ; le sans-travail accusé d'être un profiteur, le pauvre d'être pauvre et de coûter cher aux riches ; le militant
associatif qui le défend condamné, lourdement, pour entrave à la voie publique. Il y a le fonctionnaire taxé de fainéantise (vieille antienne) ; l'élu réduit au godillot ; le juge sous menace de rétorsion ; le parlementariste assimilé au petit pois ; la télé publique bradée aux bons amis du Président, qui fixent le tarif ; son PDG berlusconisé et des pubs d'Etat pour nous informer - à quand un ministre de la Propagande ? On en a bien un de l'Identité nationale. Et le bon ami de Corse, l'escroc notoire, amuseurs sinistres, protégés par décret du prince.
 Criminalisation systématique de qui s'insurge, dénis de justice, inhumanité érigés en principe de gouvernement. Presse paillasson, muselée par ses patrons, industriels des armes. Intimidations, contrôles au faciès, humiliations, brutalités, violences et leurs dérapages - quelques précipités du balcon, quelques morts de tabassage accidentel -, sitôt providentiellement dilués dans le brouhaha des crises bancaires, de l'affairisme et du sensationnel saignant, bienvenue au JT : touristes égarés, intempéries, embouteillages du soir. Carla et Tapie en vedettes.
Ces faits sont-ils vraiment divers, ou bien signent-ils un état de fait ? En réalité, un état de droite. Extrême. Dire que Le Pen nous faisait peur.
Cela rampe, s'insinue et s'impose, cela s'installe : ma foi, jour après jour, cela devient tout naturel. Normal : c'est, d'ores et déjà, le lot quotidien d'une France défigurée, demain matin effarée de sa nudité, livrée aux menées d'une dictature qui ne dit pas son nom. Ah ! le gros mot ! N'exagérons pas, s'offusquent les mal réveillés. Tout va bien : M. Hortefeux est, paraît-il, bon bougre dans sa vie privée.
 "Tout est possible", avait pourtant promis le candidat. Entendons-le bien. Entendons ce qu'il y a de totalitaire dans cette promesse cynique qui, d'avance, annonce le pire.
 Sous son agitation pathologique, un instant comique - au secours, Chaplin ! -, sous ses discours de tréteaux, ses déclarations à tous vents, contradictoires, paradoxales, sous son improvisation politique (oripeau du pragmatisme), sous sa face de tic et toc s'avance le mufle des suicideurs de république, des assassins de la morale publique. La tête
grossit, elle fixe et sidère.
Continuerons-nous à dormir ? Ou à piquer la marionnette de banderilles de Noël ? »

Anne-Marie Garat
Anne-Marie Garat est écrivain.




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POUR QUE LE REVEIL SOIT DOUX

Ajouté le 10/12/2008 - Auteur : alentours
INTRODUCTION À LA VIE NON-FASCISTE
L’art de vivre contraire à toutes les formes de fascisme, qu’elles soient installées ou proches de l’être, s’accompagne d’un certain nombre de principes essentiels, que je résumerais comme suit si je devais faire de ce grand livre un manuel ou un guide de vie quotidienne :
·          libérez l’action politique de toute forme de paranoïa unitaire et totalisante ;
·          faites croître l’action, la pensée et les désirs par prolifération, juxtaposition et disjonction, plutôt que par subdivision et hiérarchisation pyramidale ;
·          affranchissez-vous des vielles catégories du négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pensée occidentale a si longtemps sacralisées comme forme du pouvoir et mode d’accès à la réalité.
·          Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniforme, le flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes.
·          Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire, mais nomade ;
·          n’imaginez pas qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable. C’est le lien du désir à la réalité (et non sa fuite dans les formes de la représentation) qui possède une force révolutionnaire ;
·          n’utilisez pas la pensée pour donner à une pratique politique une valeur de vérité ; ni l’action politique pour discréditer une pensée, comme si elle n’était que pure spéculation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pensée, et l’analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d’intervention de l’action politique ;
·          n’exigez pas de la politique qu’elle rétablisse des "droits" de l’individu tels que la philosophie les a définis, l’individu est le produit du pouvoir. Ce qu’il faut, c’est désindividualiser par la multiplication et le déplacement les divers agencements. Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit des individus hiérarchisés, mais un constant générateur de "désindividualisation" ;
·          ne tombez pas amoureux du pouvoir."
Michel Foucault
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LE REVE DE LA MONNAIE

Ajouté le 10/12/2008 - Auteur : alentours
«Puisque la seule valeur qui vaille, dans cette fin de millénaire, 
 C’est la monnaie, la mitraille, le fric, le pèze, le numéraire,
 La fortune, la grosse galette, les avoirs et les pépettes,
Le flouze et les picaillons, le capital, et le pognon,
Dans ma grande naïveté, une question me préoccupe :
 La nouvelle pauvreté. 
 
Faut nous dire combien ça coûte un kilomètre d’autoroute,
Superphénix réformé, un grand stade à footballer.
Combien ça coûte une famille, pour qu’elle survive une année ?
Juste en bouffant des lentilles et en payant son loyer. 
Combien ça coûte la souffrance ? Combien ça pèse la détresse ?
Combien ça cote l’indigence, dans notre beau pays de France ? 
 
Oui, dites-moi combien ça coûte un char Leclerc, un Exocet, 
Un joujou de chez Dassault, un TGV supersonique ? 
Un cocktail ministériel, une compagnie de C.R.S. ?
 Combien ça coûte le prestige ? Combien ça coûte la connerie ?»
 
1974-François Béranger, chanteur
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LE CAUCHEMAR A HUGO

Ajouté le 10/12/2008 - Auteur : alentours
Que peut-il ? Tout.
Qu'a-t-il fait ? Rien.
 
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.
Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé ".
 
Victor HUGO, dans " Napoléon, le petit " 1852

 
 
Vous pensiez à qui ?...
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CREER, RESISTER, C'EST ETRE EN EVEIL

Ajouté le 10/12/2008 - Auteur : alentours

Créer, c’est résister. Résister, c’est créer.

La Fédération nationale de la presse écrivait en octobre 1945 que « la presse n’est pas un instrument de profit commercial. Elle est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d’argent mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs ». En mars 2004, treize personnalités issues de la Résistance ont choisi de rappeler une pareille exigence, en écrivant pour conclure la déclaration qu’ils ont produite à l’occasion du 60ème anniversaire du programme du Conseil National de la Résistance : « Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944. »

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SE REVEILLER DANS UNE PENSEE INSOUMISE

Ajouté le 10/12/2008 - Auteur : alentours
Puisque la société de consommation construit son propre mythe, qu’elle s’auto alimente, puisque la publicité est son plus grand instrument de propagande, qu’elle forge l’image de ce que le consommateur doit désirer, elle attend de lui qu’il agisse en conséquence.
Agir en conséquence? Cela veut dire consommer et se résigner.
Se résigner à absorber ces images dégradantes, considérer que la pensée est inefficace, qu’elle finira nécessairement par être récupérée au profit de lois économiques, comme Adecco récupère Coluche et Gandhi, les réduisant à être des hommes "pleins de ressources humaines" au profit de sa propre campagne publicitaire. Se résigner au fait qu’il est normal d’être pris pour un con par ceux qui nous manipulent et qui, par-dessus le marché, prennent plaisir à nous le montrer, de la manière la plus explicite qui soit, sans aucune forme de vergogne.
Quarante ans après mai 68, il est de mauvais ton de prôner la révolte, tant il paraît évident que les révolutions ont échoué, que les idéologies sont mortes, que ceux qui critiquaient le système en sont devenus les maîtres, que les penseurs ont été absorbés, digérés, rendus totalement inoffensifs, que les figures révolutionnaires sont tout juste bonnes à faire vendre des T-shirts sur des marchés et des abonnements Internet.
Pourtant n’est-ce pas aujourd’hui, alors que les phénomènes décrits par Foucault, Debord et Baudrillard sont devenus notre pain quotidien, que les images nous envahissent, que la sur-information et la publicité ont complètement noyé la recherche du sens, que tout nous incite à faire preuve d’un renoncement désabusé, qu’il devient vital de redonner ses chances à l’idéalisme, la révolte, ou du moins de créer des espaces pour une pensée insoumise?
Non, les idéologies ne sont pas mortes, la plus grande idéologie postmoderne étant justement de nous faire croire qu’elles le sont. Le nivellement des grandes idéologies politiques ne doit pas nous cacher le totalitarisme de l’idéologie de marché et de la consommation.
Il n’y a pas de fatalité. Le libéralisme n’est pas un horizon indépassable. Le cynisme et l’écrasement qui nous sont infligés ne sont pas insurmontables. Il faut creuser la brèche, interroger les images, ne jamais remettre en cause notre droit à la conscience et au refus catégorique, car il n’ y a pas plus insultant et laid que le mépris des riches du désir des pauvres.
Fou De Beau
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LE SOMMEIL DU CONSOMMATEUR

Ajouté le 10/12/2008 - Auteur : alentours
« Si la société de consommation ne produit plus de mythes, c’est qu’elle est à elle-même son propre mythe. Au Diable qui apportait l’Or et la Richesse (au prix de l’âme) s’est substituée l’Abondance pure et simple. Et au pacte avec le Diable le contrat d’Abondance. De même d’ailleurs que l’aspect le plus diabolique du Diable n’a jamais été d’exister, mais de faire croire qu’il existe — de même l’Abondance n’existe pas, mais il lui suffit de donner à croire qu’elle existe pour être un mythe efficace.
La Consommation est un mythe. C’est-à-dire que c’est une parole de la société contemporaine sur elle-même, c’est la façon dont notre société se parle. Et en quelque sorte la seule réalité objective de la consommation, c’est l’idée de la consommation, c’est cette configuration réflexive et discursive, indéfiniment reprise par le discours quotidien et le discours intellectuel, et qui a pris force de sens commun.
Notre société se pense et se parle comme société de consommation. Au moins autant qu’elle consomme, elle se consomme en tant que société de consommation, en idée. La publicité est le péan triomphal de cette idée.
Ceci n’est pas une dimension supplémentaire, c’est une dimension fondamentale, car c’est celle du mythe. Si on ne faisait que consommer (accaparer, dévorer, digérer), la consommation ne serait pas un mythe, c’est-à-dire un discours plein, auto-prophétique, que la société tient sur elle-même, un système d’interprétation global, un miroir où elle jouit superlativement d’elle-même, une utopie où elle se réfléchit par anticipation. Dans ce sens, l’abondance et la consommation — encore une fois non celle des biens matériels, des produits et des services, mais l’image consommée de la consommation constitue bien notre nouvelle mythologie tribale — la morale de la modernité. »
1996-La société de consommation de Jean Baudrillard
 
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